Les probiotiques contenant la bactérie E.coli peuvent-ils être à l’origine du cancer de l’intestin?

Des recherches récentes ont montré que la bactérie Escherichia coli (E.coli Nissle 1917) produit une protéine cancérigène qui augmente le risque de développer un cancer colorectal [1,2]. Cependant, les pro- et symbiotiques contenant des bactéries E.coli (tels que Symbioflor®-2) peuvent être utilisés sans danger. Cet article entend apporter les réponses aux différents questionnements.

Une bactérie E.coli n'est pas l'autre

Le commun des mortels pense qu'il n'existe qu'une seule espèce de bactéries E.coli. Eh bien, ce n’est pas le cas. Il existe différentes souches de bactéries E.coli. Certaines de ces bactéries E.coli sont présentes naturellement dans nos intestins (bactéries commensales). Elles servent à empêcher le développement d'autres bactéries nocives. D'autres souches de bactéries E.coli sont connues pour provoquer des infections d’origine alimentaire par exemple.

La semaine dernière, une bactérie E.coli particulière a fait l'objet d'un reportage approfondi dans les médias. Il s'agit de la bactérie E.coli Nissle (Phylotype B2). Elle produit la protéine colibactine, une toxine bactérienne génotoxique. Ça explique le mécanisme cancérigène induit par cette bactérie E.coli spécifique.

L'E.coli contenue dans le Symbioflor®-2 est d'une espèce complètement différente de celle de la bactérie E.coli Nissle, objet de l'étude. L'E.coli contenue dans le Symbioflor®-2 présente le "phylotype A" et est présente naturellement dans nos intestins. Cette bactérie E.coli ne contient pas de gène stimulant la production de colibactine et ne donc pas être à la source d’un cancer de l’intestin [3]. C'est la raison pour laquelle le Symbioflor®-2, disponible sur le marché depuis cinquante ans, est extrêmement sûr d’utilisation.

Une souche bactérienne n'est jamais seule responsable

Notre corps est parsemé à 90 % de micro-organismes. La plupart d'entre eux se trouvent dans les intestins : il s’agit du microbiome. 
Ce terme désigne les interactions complexes entre les bactéries (bactériome), les virus (virome) et les champignons (mycobiome). Tout déséquilibre au sein de ce groupe de micro-organismes (dysbiose) est susceptible d’entraîner des troubles. Cependant, la cause du dysfonctionnement n'est pas à rechercher dans une seule souche de bactérie.

Les chercheurs ont isolé la souche suspecte d'E.coli Nissle et l'ont mise en contact avec la flore intestinale. Il est important à savoir que la composition de la flore intestinale en question n'est pas comparable à celle de la flore intestinale de l’homme. Les conclusions de l'étude ont donc constitué des indications pour une étude plus approfondie plutôt qu’apporter des preuves solides.

Prévention des troubles intestinaux et du cancer

L'importance d'un microbiome varié et équilibré devient de plus en plus évidente. Les régimes alimentaires peu équilibrés, les préparations alimentaires et le stress sont les principales causes des déséquilibres intestinaux. La préservation de cet équilibre mérite donc une attention particulière pour, à court terme, assurer une digestion optimale. À long terme, le but sera de prévenir les troubles intestinaux inflammatoires et le cancer. La présence de la bactérie E.coli Nissle constitue donc un signe que l’écosystème bactérien de l'intestin connaît probablement un déséquilibre depuis une période prolongée.

Références

  1.   Pleguezuelos – Manzano C, et all. Mutational signa ture in colorectal cancer caused by genotoxicpks E.coli. Nature feb 2020. https://www.nature.com/articles/s41586-020-2080-8
  2. https://gutpathogens.biomedcentral.com/articles/10.1186/s13099-017-0185-x
  3. Zschüttig A, Auerbach C, Meltke S, et al. Complete sequence of probiotic Symbioflor 2 E. coli strain G3/10 and draft sequences of Symbioflor 2 E. coli strains G1/2, G4/9, G5, G6/7 and G8. Genome Announc. 2015. 3: e01330-14.